Quand l’ubérisation rencontre la bicyclette, une autre réalité sociale se dessine. Plusieurs essais majeurs donnent à voir la mue du salariat en France, à travers le prisme des livreurs à vélo. Parmi eux, “Les nouveaux prolétaires” de Sarah Abdelnour (La Découverte, 2012) fait figure de précurseur, posant avant l’heure les jalons d’une réflexion sur la fragilité des statuts d’indépendants.
Pour un regard au plus près du bitume, “Bike Wars, les nouvelles batailles de la livraison” de Julien Brygo et Pierre Rimbert (Éditions du Seuil, 2021) assemble reportages ethnographiques et analyses fines. Les auteurs y dressent des portraits de livreurs, décortiquent la violence des algorithmes, interrogeant la "liberté" vantée par ces plateformes. Ce livre est traversé d’histoires humaines, d’engagements mais aussi de désillusions, révélant la précarité qui se cache derrière le vernis high-tech.
Le best-seller “Uberisation : un piège pour le salariat ?” de Bruno Teboul (Dunod, 2017) ouvre, quant à lui, le champ de la réflexion sur les transformations du rapport au travail induites par la plateforme. Caressant l’illusion du “chacun son patron”, ce modèle révèle une mutation profonde des liens sociaux et économiques, teintée de fragilité contractuelle.
- “On bosse ici, on reste ici !” — Collectif de livreurs (La Ville brûle, 2021) : Ce livre engageant rassemble des récits collectifs et dénonce l’invisibilisation de leurs visages comme de leurs luttes. Y sont analysées les grèves de livreurs, les stratégies d’organisation collective, la prise de parole publique.
- “Le salaire du livreur (Uber Eats, Deliveroo, Stuart…)” de Nicolas Jounin (La Dispute, 2020) : L’ouvrage éclaire avec minutie le quotidien des livreurs, les stratégies de contournement du salariat, la gestion algorithmique des missions et les marges économiques réellement laissées à ces travailleurs.