Longtemps, la question environnementale est apparue comme l’apanage des scientifiques ou des activistes, loin du cœur battant de la littérature d’idées. Ce temps-là est désormais révolu. L’arrivée en force des essais consacrés à l’écologie et au climat marque l’émergence d’un nouveau récit collectif. En France, le GIEC et ses synthèses ont ouvert le chemin, mais rapidement, des essayistes se sont saisis du sujet non plus seulement pour alerter, mais pour habiter ce tremblement de l’époque.
Des ouvrages comme « L’événement Anthropocène » de Jean-Baptiste Fressoz et Christophe Bonneuil (2013) ont été marquants. Ils replantent la question dans la longue histoire humaine, démontant l’image fausse d’une nature uniformément saccagée par « l’homme » abstrait, et insistent sur les choix de civilisation, les tournants industriels, les responsabilités différenciées. Ce livre, qui a fait date, illustre le besoin d’« historiciser » le climat et d’inscrire les enjeux écologiques dans une histoire mondiale et sociale (source : Seuil).
À l’opposé de l’abstraction, d’autres essais penchent vers l’ancrage quotidien. Valérie Cabanes, juriste et militante, dans « Un nouveau droit pour la Terre » (2016, Seuil), embarque le lecteur dans des combats concrets, ceux pour la reconnaissance du crime d’écocide ou la défense des droits du vivant, jetant des ponts entre la planète, la justice et la politique. Ici, le récit des batailles juridiques rend palpable la nécessité de nouveaux outils intellectuels pour saisir, et protéger, l’histoire naturelle en marche.