Pendant que certains s’accrochent à l’héroïsme du passé, d’autres s’attèlent à démonter la mécanique, données à l’appui. Antoine Bozio, directeur de l’Institut des politiques publiques, a signé avec d’autres économistes des textes et rapports majeurs, dont « La réforme des retraites » (PUF, 2019, avec Cécile Bessé, Thomas Breda, Thomas Piketty et Alain Trannoy).
Leur approche tranche avec celle de Friot : ici, on parle démographie, cycles économiques, inégalités intergénérationnelles. L’essai montre, graphiques à l’appui, que le déséquilibre du système vient d’une projection réaliste : en 1960, chaque retraité bénéficiait de trois cotisants ; en 2020, la balance est quasi-équilibrée (Source : Institut des politiques publiques).
Là où le livre se distingue, c’est dans sa capacité à expliquer les enjeux techniques sans jamais les couper de leur portée sociale : il expose l’inéluctabilité de certains choix, tout en laissant la porte ouverte à des discussions sur la redistribution et l’équité. Cité maintes fois dans les dossiers des journaux comme Le Monde ou Les Échos, cet ouvrage a largement nourri les controverses et les explications publiques, y compris dans les infographies télévisées ou les rubriques « décryptage ».
Thomas Piketty, dans « Capital et Idéologie » (Seuil, 2019), réserve également une part du débat aux retraites qu’il relie à l’histoire plus large de la redistribution. Il y développe la notion d’« égalité réelle » comme horizon démocratique, montrant combien les réformes des retraites sont un révélateur de la tension entre maintien des acquis sociaux et ajustements aux réalités économiques (Source : Le Monde).