La chute des piliers traditionnels
Longtemps, la vie politique française a reposé sur un apparent duo immuable, opposant le Parti socialiste à la droite républicaine. Cette “vieille maison” a vu ses murs secoués lors des élections de 2017, puis effondrés en 2022. Un essai charnière pour analyser cette décomposition reste “La Démocratie sans les partis ?” de Gérard Grunberg (Gallimard, 2022). Grunberg interroge l’épuisement des formes d’engagement collectif, et la difficulté des formations traditionnelles à intégrer les nouveaux clivages sociaux. Il situe la rupture non seulement dans l’effritement des bases électorales (ainsi, Valérie Pécresse recueille 4,8 % des voix en 2022), mais aussi dans la perte de repères idéologiques stables.
François Bazin, dans “La Fin du parti unique” (Observatoire, 2023), narre avec finesse ce qui s’apparente à une lente érosion du projet politique structurant. Son livre retrace combien la “machine” partisane, jadis régulatrice du temps politique, a cédé la place à l’urgence médiatique et présidentielle. Bazin décrit la multiplication des appareils sans racines populaires, et la tentation du “chef providentiel”, qui pèse sur la recomposition.
Une gauche atomisée ?
La refondation de la gauche, laborieuse et conflictuelle, alimente nombre d’analyses. Raphaël Llorca et Léonard Moulin, dans “La Nouvelle Bataille des gauches” (Fondation Jean-Jaurès/Les Petits Matins, 2022), reviennent sur la généalogie des nouvelles alliances, l’essor de la NUPES, et les antagonismes internes entre écologistes, insoumis et socialistes. Leur grille de lecture postule que la gauche ne renaît qu’en s’agrégeant autour de récits collectifs puissants, ce que traduit la place prise par la “question sociale” et par l’urgence écologique. Le livre donne à voir, sondages à l’appui, la difficulté des partis à construire l’union dans la diversité — et les failles programmatiques qui en résultent.