Les librairies solidaires ne sont ni un modèle figé ni une bulle séparée du reste du champ littéraire français. Elles agissent, en permanence, comme des lieux de brassage et d’invention, où l’édition militante trouve un relais d’autant plus puissant qu’il s’inscrit dans du lien : lien avec les éditeurs, lien avec le public, lien avec les associations, avec les luttes présentes ou passées.
L’irremplaçable force des librairies solidaires, c’est d’abord cette capacité à faire de chaque livre une passerelle, une invitation à s’arrêter, à lire, à débattre, mais aussi à bâtir, petit à petit, une autre circulation de la pensée. Face à l’urgence de la pluralité éditoriale – à l’heure où moins de 5% des nouveautés en France abordent des sujets jugés sensibles ou alternatifs (Étude “Édition indépendante et débats publics”, Bpi) – elles offrent des havres de diversités, où l’édition militante n’est plus périphérie, mais cœur battant d’une autre manière de faire société.
À l’horizon, de nouveaux chantiers s’ouvrent : mutualisation accrue des ressources, développement d’initiatives de “livraison solidaire”, création de lieux entièrement autogérés par les lecteurs, où la frontière entre libraire, lecteur, éditeur et auteur s’estompe encore un peu plus. L’histoire reste à écrire. Sur les tables des librairies solidaires, elle se feuillette chaque jour, indocile et joyeuse.