À travers le financement participatif, l’édition militante trouve un second souffle. Plusieurs belles histoires témoignent de cette vitalité : en 2020, la maison indépendante Les éditions du Commun (Rennes) a bouclé avec succès une campagne pour « Le Livre Noir des violences policières », réunissant 1224 contributeurs pour plus de 40 000 € collectés (Le TOUT, 2020). De même, le collectif Mutine Éditions, sur la question de la justice environnementale, a pu voir le jour grâce à un financement participatif.
Dans ce contexte, le lectorat ne se contente plus de lire : il participe, il co-construit, il investit, au sens littéral mais aussi symbolique. Le livre engagé redevient un objet collectif, porteur d’un idéal de transformation, qui redonne au mot “militant” toute sa force évocatrice.
À l’heure où les chaînes du livre se resserrent, ce modèle réinvente la démocratie littéraire. Rassembler autour d’une cause, c’est revenir à l’origine historique du texte : ce ferment de communauté, cette promesse d’émancipation partagée qui irrigue les plus beaux récits. Peut-être est-ce là, plus que la survie, la vraie puissance du financement participatif pour les éditeurs militants : celle de réancrer la publication dans l’action, la rencontre et l’élan collectif.