Une protection inégale de la diversité
La France s’est dotée en 1981 de la loi Lang sur le prix unique du livre, saluée pour sa préservation d’un tissu de librairies et d’une certaine diversité éditoriale. Mais cette loi n’entrave pas la domination économique des grands groupes : elle protège les prix, mais moins la diversité éditoriale (Source : Ministère de la Culture, « 40 ans de la loi Lang »).
Autre particularité française : le dynamisme des maisons indépendantes reste important en nombre (près de 3 000, souvent créées après 2000), mais leur poids économique s’effrite. Beaucoup vivent en marge, sur la corde raide, privées de masse critique.
Prix littéraires et phénomènes de concentration
Les grands prix littéraires (Goncourt, Renaudot, Femina, Médicis...) jouent un rôle ambivalent. Si certains peuvent consacrer un auteur émergent, la plupart sont raflés par les maisons déjà dominantes : en 2022, sur 10 prix majeurs remis, 8 l’ont été à des ouvrages issus des « Big Five » (source : Livres Hebdo).
Ceci alimente le cercle : médiatisation, exposition en librairie, ventes, permettent de renforcer la prééminence des grands groupes, et d’écraser la concurrence des petites structures.
Plateformes numériques : une diversité à double tranchant
Le numérique avait fait naître l’espoir d’un marché plus ouvert, permettant à chacun de publier et de trouver son public. En pratique, les géants éditoriaux se sont adaptés en investissant massivement dans le livre numérique, la promotion et la distribution sur les grandes plateformes (Amazon/Kindle, Kobo/Fnac). Aujourd’hui, le top 100 des ventes numériques en France est dominé, à plus de 90%, par les grands groupes (source : Ipsos, 2023).
- La longue traîne existe, mais reste de niche, surtout dans la littérature générale ou la littérature jeunesse ; seule l’autoédition offre une échappatoire, mais elle reste marginale, et le champ numérique est guidé par les mêmes logiques commerciales et algorithmiques que l’édition « papier ».